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Retour sur le colloque "Ce que la demande sociale fait aux sciences sociales"

samedi 17 février 2018, par Françoise Thibault - Déléguée générale de l'Alliance Athéna

Dans le cadre de ses activités d’observation des sciences humaines et sociales, l’alliance Athéna vous propose un retour sur le colloque international "Ce que la demande sociale fait aux sciences sociales".

Le colloque international « Ce que la demande sociale fait aux sciences sociales », qui s’est tenu les 15 et 16 février 2018 à l’Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines, s’est efforcé de mettre en perspective les effets d’une tendance structurelle traversant le monde scientifique sur le travail des chercheurs en sciences sociales : la montée en puissance du financement sur projet de la recherche, de l’impératif d’innovation, et de l’incitation aux transferts scientifiques et technologiques vers les entreprises. L’objectif était donc de susciter des échanges et des débats sur la relation entre les sciences sociales et la demande des acteurs politiques, économiques, publics, associatifs..., les formes qu’elle prend et les enjeux qu’elle comporte. Parmi les thèmes évoqués figuraient notamment les questionnements que soulèvent l’expertise, l’engagement des chercheurs, la pluridisciplinarité souvent requise dans le cadre de demandes extérieures au monde académique, les processus d’internationalisation de la recherche, eux aussi encouragés dans le cadre de la recherche sur projet, etc.

Une demande sociale ou des demandes sociales ?

Dès l’introduction est par ailleurs abordée une question qui reviendra à plusieurs reprises lors des interventions et des échanges avec le public : faut-il parler de la demande sociale ou des demandes sociales ? Pour M.-H. Soulet, utiliser le singulier est problématique, car les demandes émanant de la société sont plurielles. Il existe des commandes publiques, comme les programmes nationaux de recherche en Suisse, qui témoignent de l’intérêt de la collectivité à voir analysées par les sciences sociales certaines thématiques particulières. Des demandes émanent également d’organisations publiques, d’administrations, d’entreprises, et ce, de manière croissante. Des attentes, diffuses, issues des « opinions publiques », de la « société civile », sont également parfois relayées par des personnalités publiques. Les demandes sont donc multiples et devraient être distinguées en fonction de la qualité de leurs émetteurs.

M. Bresson, responsable scientifique du colloque, reconnaît qu’il peut exister différentes formes de demande, portées par des entités hétérogènes, et souligne que la dimension politique des sciences sociales est particulièrement apparue dans les propositions d’intervention. Pour autant, il convient de ne pas abandonner trop vite la notion de « demande sociale », qui souligne en creux l’existence d’une société, d’un corps social, et incite à appréhender l’ensemble de ce qui est demandé par ces différentes entités, qui parfois s’opposent, parfois s’allient pour porter les problèmes qu’elles souhaitent voir traités.

L’opposition Durkheim/Caillé

Comme le rappelait M.-H. Soulet, président de l’AISLF, la question que pose ce colloque renvoie en effet à des positionnements scientifiques opposés : pour faire simple, la vision d’E. Durkheim était celle de la nécessité de faire des sciences sociales des outils au service de la société, alors que des auteurs comme A. Caillé prônaient au contraire un anti-utilitarisme résolu. Le débat est récurrent et toujours vif, car les enjeux qu’il soulève sont à la fois politiques, épistémologiques et éthiques, comme le montraient notamment les sociologues R. Lourau et G. Lapassade dans les années 1960. Un regard réflexif sur les sciences sociales et leur place dans la société s’impose.

Les questions actuelles

Les questions actuelles sont de plusieurs ordres. Comment la mondialisation de la recherche et l’adoption de standards bibliométriques qui l’accompagne, impactent-elles cette dialectique sciences-société ? Le chercheur en sciences sociales adopte-t-il de manière croissante une posture d’idéologue ? Le critère poppérien de scientificité – la réfutabilité – peut-il toujours, dans ce cadre, être respecté, ou existe-t-il un risque de voir, même ponctuellement, les sciences sociales basculer vers ce que Popper appelait les « pseudo-sciences » ? Plus prosaïquement, dans les cas où les sciences sociales sont mobilisées, qui identifie et met à l’agenda les problèmes requérant une intervention ? Comment et pourquoi ces problèmes sont-ils identifiés ?

Disciplines et expertise

L’évolution structurelle des demandes d’expertise entraîne progressivement une modification de la répartition disciplinaire des commandes adressées. Alors que les sociologues – des organisations en particulier – étaient auparavant prioritairement sollicités, l’expertise des économistes semble désormais plus recherchée pour répondre à des demandes sociales diverses. Le contexte actuel de « rigueur budgétaire » incite par exemple les acteurs politiques à recourir de manière accrue aux savoirs et savoir-faire des économistes, dont ils considèrent qu’ils seront à même de les aider à optimiser l’efficacité de leurs dépenses. L’expertise nécessite quoi qu’il en soit un « compromis institutionnel », qui consiste, pour les chercheurs, à renoncer à la pureté des concepts scientifiques pour les traduire dans un langage opérationnel.

L’engagement des chercheurs en sciences sociales requiert, pour ceux qui s’y résolvent, la capacité de trouver un moyen terme entre dénonciation morale et (prétendue) objectivité scientifique.

Une pluridisciplinarité exigée et exigeante

La part croissante du financement de la recherche sur projet et l’augmentation quantitative des demandes d’expertise s’accompagnent par ailleurs d’une exigence de pluridisciplinarité. Celle-ci suppose une collaboration étroite, un échange continu de méthodes, de connaissances et d’analyses.

Les coûts de transaction en sont toutefois souvent importants, les paradigmes et méthodes scientifiques étant souvent peu partagés et difficilement transmissibles d’une discipline à l’autre. Se posent alors les questions des avantages comparatifs des disciplines et de la nécessité de cette collaboration pluridisciplinaire, tant cette pluridisciplinarité est compliquée à mettre en œuvre. Sans oublier la faible reconnaissance académique de ces pratiques collaboratives : il est par exemple difficile de publier dans des revues interdisciplinaires peu valorisées scientifiquement, surtout pour de jeunes chercheurs en quête de reconnaissance.

Dans l’objectif d’apporter des éléments de réponse à l’ensemble de ces questions, ce colloque est organisé en huit tables rondes, réparties sur deux journées et réunissant des chercheurs en sciences sociales venus d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord.

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